La RSE des marques de mode

La RSE des marques de mode

 

Avec Slöer nous souhaitons vous aider à mieux comprendre la « Responsabilité Sociétale des Entreprises » et plus spécifiquement des marques de mode à l’heure où leur impact est au cœur des préoccupations des consommateurs.

Pour décrypter les enjeux du point de vue marques et des consommateurs désireux de s’améliorer, nous vous partageons les premiers extraits de notre entretien avec Catherine Marcadier Safix, fondatrice de En mode Création(s), une société fondée en 2018 et experte des questions sociales et sociétales. Catherine accompagne les marques des secteurs mode, textile et beauté dans le développement du volet RSE de leur stratégie globale.

Découvrez dans ce premier volet de l’interview le parcours et la vision de Catherine ainsi qu’un rappel de la définition de la RSE et comment elle peut et doit être pensée pour être efficace.

Catherine M.S
Bonjour Catherine. Bonjour Émilie.

Slöer
Merci de nous accorder un petit peu de temps aujourd’hui en tant qu’experte RSE.

Catherine M.S
Merci à vous de m’accueillir.

Slöer
On est très heureuses d’avoir quelqu’un qui va nous éclairer un petit peu sur ces thématiques qui sont des problématiques et des enjeux qui correspondent aux marques et aux consommateurs aujourd’hui. On est très curieuses de savoir comment vous travaillez sur ces sujets. Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter, nous expliquer votre parcours et comment vous êtes arrivée à faire ce métier ?

Catherine M.S
J’ai fondé En Mode Création fin 2018, avec l’objectif de développer l’impact social du secteur de la mode et des industries créatives au sens large, mais en particulier de la mode. Quand je parle d’impact social, je pense notamment la préservation des savoirs faire, l’engagement sociétal des marques, l’accès à des publics qui sont parfois éloignés du visage de la mode, notamment aux générations senior, les 55 ans et plus. Ce sont des axes sur lesquels je suis engagée depuis assez longtemps.

Je suis économiste de formation et je me suis, au fil du temps, spécialisée dans la politique sociale.

J’ai eu une carrière plutôt institutionnelle, en France et en Europe, autour du développement de politiques sociales, mais aussi de leur mise en application concrète, notamment en fédérant les acteurs concernés au niveau de chaque écosystème.

Par exemple, j’ai été chargée de mettre en place la loi de 2005 sur le handicap pour permettre aux personnes en situation de handicap, d’avoir un projet de vie et de pouvoir s’intégrer le mieux possible à la société sur différents sujets : l’école, l’accessibilité et l’emploi…

J’ai travaillé aussi beaucoup sur toute la dimension générationnelle. Si on revient au secteur de la mode, on a toujours pas mal parlé des attentes des Millennials, ou de la génération Z, donc les générations les plus jeunes mais je trouve que les 55 ans et plus ont aussi quelque chose à dire aux marques de mode. Ces générations ont aussi des attentes spécifiques et souvent des valeurs qui rejoignent les valeurs des générations plus jeunes.

Au lieu de les opposer, je trouve intéressant de travailler sur les valeurs communes à ces différentes générations, qui sont finalement des consommateurs comme vous et moi. En 2018, quand j’ai créé mon activité, la mode était de plus en plus uniforme, elle s’engageait de moins en moins dans les enjeux de société, et finalement elle avait perdu un peu de sens politique, et de son engagement social. Il y a quelques années, quand Yves Saint Laurent a créé le smoking aux féminins, c’était déjà un engagement social et sociétal pour la place des Femmes dans la société et dans le monde du travail. Coco Chanel aussi était très engagée sur ces sujets.

Je pourrais citer plein de grandes marques connues aujourd’hui, qui sont connues au-delà de leur créativité, pour les engagements sociaux et sociétaux qu’elles ont su prendre.
Je trouvais que cela s’était un peu distendu. Finalement, mon idée, c’était d’apporter mon expertise des enjeux et des mutations sociales, comme, par exemple la transition écologique, la transition démographique.

… Je trouve que l’engagement des marques s’est vraiment renforcé suite à la crise sanitaire et qu’on retrouve aujourd’hui une volonté des marques de mode, qu’elles soient grandes ou petites, d’être en phase avec la société, avec les enjeux d’avenir. Elles veulent avoir un rôle moteur sur ces différentes mutations pour tracer la voie, notamment vis-à-vis d’autres secteurs, d’autant plus que le secteur de la mode a été décrié sur ces sujets-là.


Si je devais juste résumer en une phrase la proposition de valeur dans Modes Création, ce serait que ce qui m’intéresse, c’est de développer et différencier les marques de mode avec une stratégie RSE qui soit socialement impactante.

"Il ne s’agit pas pour les entreprises d’arrêter de se développer. Il s’agit de se développer de manière différente."

Catherine Marcadier – Saflix
Experte RSE

Slöer
La RSE est un mot qu’on entend un peu partout. Dans l’univers textile, on le connaît et on a appris à l’apprivoiser, mais même en étant intégré à cette dimension textile, on s’en fait une idée assez précise. Or c’est quand même un sujet assez large et qui n’est pas uniquement écologique et environnemental.

Pourriez-vous nous rappeler la définition de la RSE ?

Catherine M.S
Oui, avec plaisir. C’est vraiment important de revenir aux définitions premières. Parce qu’on a parfois tendance à s’emballer sur tel ou tel axe. Et dans la RSE, ce que je trouve essentiel, c’est l’équilibre entre ce qu’on appelle les trois piliers : la performance économique, la protection de l’environnement et la dimension sociale. Avoir une stratégie RSE pertinente et cohérente, c’est trouver un équilibre entre ces trois dimensions. Les marques ou les étudiants (puisque je suis amenée à enseigner) ont tendance à s’emballer uniquement sur la dimension écologique. Or, ce qui est important, c’est vraiment de regarder les trois dimensions de manière équilibrée et notamment le pilier de performance économique. Même si on doit moins pousser à la surconsommation, il ne s’agit pas pour les entreprises de dire « on va arrêter de se développer. » Il s’agit de se développer de manière différente.

Cette notion de performance économique a un impact important. Elle va permettre de créer des emplois, d’innover, de créer des produits qui vont être sans doute plus durables. Si vous êtes une marque la plus vertueuse qui soit sur les deux piliers, que ce soit le pilier social ou le pilier environnemental, mais que vous n’arrivez pas à vous développer, ça ne servira « à rien ».

L’accompagnement va être différent selon les marques auxquelles on s’adresse. Si vous avez une jeune marque, elle va pouvoir intégrer cette dimension RSE, quasiment dès le départ, au moment de la définition de son modèle économique. Quand vous vous adressez à une marque qui est déjà installée depuis un certain nombre d’années, elle a déjà son modèle économique. Il va donc falloir ajouter ces dimensions de RSE et définir comment transformer les choses vers un modèle plus vertueux, mais sans mettre en péril tout ce qui a été développé jusque là.

Il faut ensuite fixer les échéances pour que ce soit réalisable. Avec un calendrier, des priorités et une cartographie de ce qu’elles ont déjà mis en place.

Parce que finalement, c’est assez rare qu’une marque n’ait jamais rien mis en place. En général, il y a déjà deux ou trois axes de RSE. Parfois, c’est même un axe de RSE qu’elle a mis en place, « sans le savoir ».

La dimension de diagnostic permet d’identifier les axes qui existent, les manques et les points sur lesquels on peut progresser…

C’est extrêmement important de regarder les priorités en lien avec l’ADN de la marque, le type de collection, de produits qu’elle souhaite diffuser… Parce que si tout le monde fait des stratégies RSE qui sont uniformisées, comment les marques vont se différencier ? Si tout le monde dit du jour au lendemain « Je suis une marque écoresponsable », il y a un petit risque de greenwashing, mais en plus, l’autre risque c’est que le consommateur ne va pas plus s’y retrouver parce qu’il ne saura pas sur quel aspect la marque est finalement éco-responsable.

 
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